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Comment j’ai des ancêtres audois

L’histoire familiale me parlait d’une aïeule qui s’était retrouvée veuve de douanier alors qu’elle attendait mon arrière-arrière-grand-mère. Pour vivre, elle avait donc obtenu un bureau de tabac à Ganges, loin de sa région d’origine, la haute vallée de l’Aude. J’ai donc voulu en savoir plus sur cette grand-mère, et je me suis plongée dans les archives disponibles sur internet. Tout au long du mois d’avril, je me suis prêtée au jeu proposé par Sophie Boudarel, et j’ai répondu à une question. Parfois la réponse était facile, parfois non.

Aujourd’hui je suis en mesure de vous proposer une première ébauche de la biographie d’Anne Castella, même s’il me reste des archives à consulter à Montpellier et à Narbonne.

A force de chercher des éléments sur sa vie, je me suis prise d’une affection toute particulière pour cette grand-mère, qui est née sous le règne de Louis XVIII et a traversé tout le XIXème siècle et sa succession de régimes politiques jusqu’à sa mort sous la Troisième République.

Je regrette seulement de ne pas avoir de photographies d’elle.

Anne Castella est née le 5 février 1824 à Axat (Aude). Elle est la fille de Jacques et de Magdelaine Poux. Son père la déclare en mairie le jour même, accompagné de deux voisins. Son père est cordonnier ; ses parents ont quitté leur village d’origine, Le Clat (Aude), pour s’installer à Axat. Des proches sont-ils venus pour le baptême ? Il y a une dizaine de kilomètres entre les deux lieux, par des routes de montagne. Il me faudra consulter les archives de catholicité pour connaître la date de son baptême, savoir qui ont été ses parrain et marraine, et donc si des membres de sa famille ont pu faire le déplacement pour l’occasion.

Son père, Jacques Castella, fils de Marc et de Marie Pascale Olive, est né au Clat le 27 mars 1788. C’est le troisième enfant d’une fratrie qui en comptera neuf. Il se marie au Clat le 5 juillet 1813 avec Magdeleine Poux. Peu de temps après, il s’installe comme cordonnier à Axat. C’est là que naîtront ses dix enfants entre 1814 et 1832. Il mourra le 8 février 1866, après 22 ans de veuvage. Depuis onze ans alors sa fille Anne, veuve et mère de quatre enfants, vivait chez lui. Je m’interroge sur la raison de son installation à Axat : est-ce parce qu’il y a trouvé du travail, qui manquait dans son village natal ? est-ce à cause des rumeurs qui tournaient autour de sa femme ? Celle-ci a en effet eu un premier fils, né de père inconnu, en 1811. Cet enfant a ensuite été élevé par son beau-père qui lui a transmis son métier de cordonnier.

La mère d’Anne Castella, Magdeleine Poux, est née au Clat le 2 septembre 1787, fille de Pierre Poux et de Jeanne Valès. C’est la cinquième de huit enfants. En 1811, elle donne naissance à un fils né de père inconnu. Je suppose que celui-ci a dû partir comme conscrit lors des campagnes napoléoniennes, et mourir au combat. Magdeleine Poux épouse Jacques Castella le 5 juillet 1813 au Clat, le suit à Axat et lui donnera dix enfants. Elle meurt à Axat le 24 novembre 1844, alors que les bans du mariage de sa fille Anne sont prononcés le même jour.

Les ancêtres d’Anne sont principalement originaires du Clat, pour ce que j’ai trouvé – les registres ne remontent pas avant 1737 dans ce village. Seule la mère de Jacques Castella, Marie Pascale Olive, est née à Mazuby, de même que le père de cette dernière, tandis que la grand-mère paternelle de Jacques Castella, Anne Prévost, était née à Coudons en 1721. Je n’ai pu remonter pour l’instant l’ascendance d’Anne que sur quatre générations.

Ascendance d’Anne Castella sur quatre générations

Mais que signifie ce nom de Castella, porté par Anne et ses enfants. Plusieurs significations en sont données, mais je privilégie l’hypothèse d’un patronyme qui désigne celui qui vient de Castille. Pour autant que j’ai pu remonter, tous les ancêtres d’Anne qui portèrent ce nom sont originaires du Clat, depuis la fin du XVIIème siècle.

Anne est la 7ème d’une fratrie de 11 enfants – je compte son demi-frère Pierre Poux dans le lot, puisqu’il a toujours vécu avec le reste de la famille. Anne ne connut pas deux de ses frères et sœurs, Marie née en 1816 et décédée en 1817, et Pierre né en 1822 et décédé en 1823. Je perds la trace de ses deux derniers frères assez rapidement : Jean Baptiste, né en 1827, disparaît de mes radars après 1836, et Léon, né après 1832, en 1851. A l’exception de Marc, l’aîné de la fratrie, qui s’installe au Clat comme cultivateur auprès de son oncle François Castella – le frère de Jacques Castella, célibataire ; et de François, douanier, tous les autres frères et sœurs d’Anne ont vécu à Axat, et s’y sont mariés. Ses deux frères Pierre étaient cordonniers, le métier que leur avait transmis le père, Jacques Castella.

Anne Castella dans le temps

Toute sa vie, Anne Castella a maintenu des relations avec sa famille : pendant son enfance, elle a dû fréquenter ses grands-parents qui habitaient au Clat, puisque son frère Marc ira reprendre la propriété d’un de ses oncles. Après son mariage, elle revint accoucher chez son père à deux reprises, alors que son mari était en poste à Aigues-Mortes (Gard) en 1848, à Marseillan (Hérault) en 1852, à plus de deux cent kilomètres. C’est d’ailleurs chez son père, et auprès de ses frères et sœurs, qu’elle se réfugie à la mort de son mari. Et lorsqu’elle obtient un bureau de tabac à Ganges (Hérault), elle continue de rester en contact avec sa famille : en 1884 son frère François est témoin au mariage de son fils Dieudonné.

Mais n’allons pas trop vite dans le temps : Anne est-elle allée à l’école ? quelle instruction a-t-elle reçue ? Elle n’a jamais su signer. Elle ne savait donc pas écrire, et je doute qu’elle ait su lire. Par contre, je pense qu’elle savait compter, puisqu’elle a géré un commerce de tabac à la fin de sa vie, mais je ne peux pas déterminer si elle a appris avec ses enfants ou si elle était allée à l’école. Peut-être tout simplement était-elle aidée par ses enfants, particulièrement Dieudonné et Anne ?

Si elle n’est pas allée à l’école, elle a appris un peu la géographie au cours de sa vie, suite à ses déplacements : Anne grandit à Axat, dans la haute vallée de l’Aude. Elle suit ensuite son mari sur la côte méditerranéenne, à Aigues-Mortes entre 1845 et 1851, puis à Marseillan de 1851 à 1855. Après son veuvage, elle retourne quelques années dans sa famille avant d’obtenir un bureau de tabac à Ganges, dans les contreforts des Cévennes.

Malgré tous ces déplacements, Anne Castella n’a jamais quitté le Bas-Languedoc, et a sans doute parlé occitan toute sa vie, même si ses déplacements l’ont sans doute confrontée à différentes variantes de ce langage. A-t-elle parlé le français également ? Cela ne serait pas impossible, mais aujourd’hui je n’ai aucun élément me permettant d’en savoir plus à ce propos.

Si Anne s’est autant déplacée dans sa vie, c’est à cause de la profession de son mari : celui-ci était douanier. Le 10 janvier 1845 à la mairie d’Axat Anne Castella épouse Simon Castella, originaire du Clat. Castella est un patronyme très courant, et les époux ne sont apparentés qu’à la quatrième génération, par le père d’Anne et la mère de Simon, Marie-Scholastique Poux. Les témoins sont des proches : Jean Castella, frère de Simon, François Castella, oncle d’Anne, Pierre Poux, demi-frère d’Anne, et Jean Labarre, beau-frère d’Anne. On peut supposer également que d’autres membres de la famille sont présents : les parents de Simon, le père d’Anne – sa mère est décédée quelques mois auparavant, les frères et sœurs des époux, certains de leurs oncles et tantes du Clat, et peut-être même la grand-mère paternelle d’Anne, Marie Pascale Olive, née en 1763 et alors âgée de 82 ans.

Les bans de ce mariage ont été proclamés devant trois mairies, Axat, commune d’origine d’Anne, Le Clat, commune de résidence de Simon, et Aigues-Mortes, commune où habitait Simon, qui était douanier. Ce dernier a également du obtenir une autorisation du directeur des douanes de Montpellier pour se marier. Les bans ont été proclamés à Axat et au Clat les 17 et 24 novembre 1844. Ce jour-là décédait également à Axat Magdeleine Poux, mère d’Anne Castella. A Aigues-Mortes, les bans ont été publiés les 15 et 22 décembre. Je pense que le mariage religieux dut avoir lieu le jour même ou le lendemain : Simon était en poste à Aigues-Mortes (30) : il avait obtenu l’autorisation du directeur des douanes de Montpellier pour se marier, comme il est mentionné dans l’acte de mariage, et a dû bénéficier d’un congé pour l’occasion. Il me faut consulter son dossier de douanier pour en savoir plus. Je ne sais pas grand-chose du déroulement concret du mariage et des festivités qui ont pu l’accompagner. Combien de temps a duré la fête ? A-t-elle été arrosée par quelques verres de la Blanquette de Limoux ? Autant de questions auxquelles il me sera difficile d’apporter une réponse.

Alors que l’histoire familiale n’avait gardé la trace que de deux enfants pour Anne et Simon, Dieudonné et Madeleine, je leur ai trouvé trois frères et sœurs. Après Louis « Dieudonné » né à Aigues-Mortes en 1846, une petite fille, Eliza Léocadie, naît à Axat en 1848, mais elle ne vit que quatre jours. En 1850, « Jacques » Sylvain naît à Aigues-Mortes. En 1852, la famille a déménagé à Marseillan (34), au bord de l’étang de Thau, mais c’est à Axat que naît Jacques « Eugène ». En mai 1855, Marie « Madeleine » Louise naît à Axat, où s’est installée toute la famille après le décès de Simon en janvier.

Si Anne a passé toute son enfance à Axat, elle a ensuite vécu dans les villes dans lesquelles son mari était en poste, à Aigues-Mortes (1845-1852) puis Marseillan (1852-1855), mais retourne régulièrement chez son père à Axat : nous avons vu que deux de ses enfants, Elisa et Eugène, y sont nés, en 1848 et 1852. Elle retourne d’ailleurs à Axat pour y installer sa famille, auprès de son père, en 1855, à la mort de son mari. Elle y restera une douzaine d’années, avant d’obtenir un bureau de tabac à Ganges (entre 1866 et 1872). C’est dans cette dernière ville qu’elle finira ses jours.

Pour se déplacer, Anne Castella a dû voyager dans les dernières diligences et voitures de la poste aux chevaux, qui ont circulé en même temps que les premiers chemins de fer, qu’elle a pu également emprunter. Lorsqu’elle habitait à Axat, s’est-elle rendue au Clat, village de ses grands-parents, où habitait également son frère aîné Marc ainsi que la famille de son mari ? Les deux villages sont distants de 11 kilomètres par la route, ce qui fait trois heures de marche, à moins que la famille ne possédât un cheval et une voiture, ce dont je doute.

La vie d’Anne Castella a été marquée par un drame : le 17 janvier 1855, son mari Simon meurt noyé dans l’étang de Thau, au cours de son service. L’acte de décès ne me permet pas de connaître plus précisément la cause de sa mort. Il me faudrait consulter la presse locale, peut-être Le Phare de Cette (aujourd’hui Sète), qui pourrait relater cet événement et m’en apprendre plus. Toujours est-il que suite à ce tragique événement Anne Castella s’est retrouvée veuve à trente ans, avec trois fils de neuf, cinq et trois ans, et enceinte de sa fille qui naîtra en mai, quatre mois après le décès de son père.

Bords de l’étang de Thau [Vue de Sète et Bouzigues] – Société des Amis des Arts de Montpellier. Boehm, imprimeur-typographe et lithographe de Montpellier – 1852 – @Montpellier Méditerranée Métropole

Elle part donc s’installer auprès de son père, toujours cordonnier à Axat, tout en lançant des démarches pour obtenir des subsides de l’Etat, et un moyen de gagner sa vie. En 1866, le père d’Anne, Jacques Castella, décède à l’âge de 77 ans. Anne n’a toujours rien reçu : elle doit donc se faire blanchisseuse pour gagner sa vie et celle de ses enfants.

Pour en savoir plus sur les démarches qu’Anne Castella a dû entreprendre, il me faut consulter le dossier de douanier de son mari, qui me permettra ensuite de trouver son dossier d’attribution de bureau de tabac.

Toujours est-il qu’une douzaine d’année après le décès de son mari, Anne obtient de l’Etat la gestion d’un bureau de tabac à Ganges (34), petite ville des contreforts des Cévennes. C’est une situation plus stable que celle de blanchisseuse, et toute la famille part donc s’installer à Ganges.

Ganges – L’emplacement du tabac à l’angle de la rue Biron et de la rue des arts
image Google Street Map 2009

Le dépaysement dut être important pour Anne et ses enfants, même si la famille ne quittait pas le Bas-Languedoc : sans doute les habitudes, la langue, les vêtements, le quotidien ne changeaient pas trop.

Il fallut quand même créer des relations avec un nouvel entourage, loin de la famille. Alors qu’ Axat toute la population était catholique, au moins dans la pratique générale, à Ganges la situation était différente, la population se divisait entre catholiques et protestants. Cela n’a pas empêché Anne de transmettre sa foi à ses enfants, même si je suis incapable de parler de sa pratique personnelle de sa foi.

La vie quotidienne ne dut pas tant changer que ça : sur le plan de l’alimentation par exemple, on trouvait à Ganges les mêmes produits qu’à Axat : des légumes pour la soupe midi et soir, par exemple. Peut-être même l’alimentation devint plus variée : mangeait-on chez les Castella des pois chiches le vendredi midi ? quand cette habitude est-elle arrivée dans la famille ? à Aigues-Mortes ? à Marseillan ? à Ganges ? Est-ce d’Anne que nous vient la recette du pâté de foie qui nous a été transmise par sa petite-fille ?

Les enfants grandissent, les garçons font leur service militaire, puis viennent les mariages. Anne était présente au mariage de Dieudonné avec Marie Félicie Metge en 1884 et à celui de Madeleine avec Florian Malavielle en 1889. Elle vivra d’ailleurs avec Madeleine jusqu’à la fin de sa vie. Je ne sais pas ce que sont devenus les deux autres enfants : Eugène est témoin au mariage de son frère en 1884, et est libéré de ses obligations militaires la même année pour raisons de santé non imputables au service. Je perds ensuite sa trace. Jacques est cité dans la déclaration de succession de sa mère en 1891, et libéré du service militaire en 1895. Il réside alors à Paris. Je ne sais pas ce qu’il devient ensuite. Un frère d’Anne est également présent au mariage de Dieudonné. Jacques serait-il reparti dans l’Aude ? Les registres en ligne s’arrêtent en 1872, il me faudra chercher.

Peut-être au fil du temps Anne Castella réussit-elle à amasser un petit pécule, qu’elle transmettra à ses enfants lors de sa succession. Toujours est-il que j’ai retrouvé sa trace dans les archives notariales, pour une adjudication en 1881 à Montpellier, et en 1889 à Ganges. Je n’ai pas encore pu consulter ces documents pour savoir de quoi il s’agit.

Anne s’éteint le 2 septembre 1891 à Ganges. Le décès est déclaré par deux voisins, dont l’un, Samuel Malavielle, est également le beau-père de sa fille. Les obsèques ont lieu quelques jours plus tard, à l’église Saint Pierre de Ganges. Sa tombe doit également être au cimetière de Ganges, il faudra que je la cherche. Au moins deux de ses enfants, Dieudonné et Madeleine, qui habitent Ganges, sont présents aux obsèques, avec leurs enfants respectifs (deux pour Dieudonné et une pour Madeleine). Six autres petits-enfants d’Anne naîtront ensuite. Peut-être un autre fils d’Anne, Jacques était-il présent : il est en tout cas cité dans la déclaration de succession, à la différence d’Eugène. Ce dernier était-il déjà décédé ?  Je perds sa trace en 1884, après le mariage de son frère et sa libération du service militaire.

Anne Castella au travers des recensements de population

Voilà, vous en savez maintenant autant que moi sur Anne Castella. J’ai pu reconstituer son parcours à partir de ce que m’a transmis l’histoire familiale, en m’appuyant sur les actes d’état-civil, et surtout sur les recensements : c’est grâce à ces documents que j’ai découvert l’existence de Jacques et Eugène, que j’ai appris qu’Anne avait habité une dizaine d’années à Axat après le décès de son mari. J’ai même pu retrouver l’emplacement du tabac, à l’angle de la rue Biron et de la rue des Arts, là où se trouve toujours un bureau de tabac qui fait également Chasse et Pêche. Il ne me reste plus qu’à me rendre aux archives à Montpellier pour y consulter les documents concernant Anne qui ne sont pas numérisés, comme le dossier de douanier de Simon Castella.

Dans l’arbre : Anne Castella – Madeleine Castella – mon arrière-grand-mère – ma grand-mère

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