Catégories
Non classé

Monjon la coeta

« Je suis un pauvre conscrit, de l’an mille huit cent treize… » aurait pu chanter Jacques André Monjon en ce début d’année 1813, alors qu’âgé d’à peine dix-neuf ans il quittait son Languedoc natal pour rejoindre le 143ème régiment d’infanterie de ligne auquel il a été affecté grâce aux hasards du tirage au sort.

Tirage au sort pour la conscription, Anonyme
RMN-Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée

Premier fils et second des huit enfants de Étienne André Monjon et de Marguerite Sudre, il est né le 30 octobre 1793 à Vérargues (Hérault). Il grandit au village, et travaille avec son père, cultivateur, dès qu’il en a l’âge et les forces.
Les bouleversements politiques de l’époque doivent sans doute passer très loin de lui, mais il est au courant de ce qui se passe en France et en Europe : il a onze ans lors du sacre de Napoléon, et douze au moment de la victoire d’Austerlitz. En 1810, il a dix-sept ans au moment de la naissance de sa dernière sœur, qui ne vivra que deux mois, est nommée Marie-Louise, en hommage à la nouvelle impératrice, Marie-Louise d’Autriche, que Napoléon épouse au printemps 1810.

Alors qu’il va avoir dix-neuf ans, le 1er septembre 1812 un sénatus-consulte appelle à la disposition du ministre de la Guerre 120 000 hommes de la classe 1813 (les jeunes gens nés en 1793). Le processus de conscription se met en branle : le maire dresse la liste des conscrits, et ceux-ci sont ensuite convoqués au chef-lieu du canton pour l’examen médical et le conseil de révision.
Jacques André se rend donc à Lunel (Hérault), à quelques sept kilomètres de là. C’est la première étape d’un long voyage. Je n’ai pas pu consulter les décisions du conseil de révision, qui sont sans doute conservées aux archives départementales de Montpellier, mais j’ai retrouvé sa trace dans les registres du contrôle des troupes. On y apprend que c’est un jeune homme d’un mètre soixante-cinq, aux yeux bleu et aux cheveux châtain, qui est arrivé au dépôt du 143ème régiment d’infanterie de ligne ce 20 janvier 1813.

Fiche matricule de Jacques André Monjon dans les registres du contrôle des troupes du 143ème régiment d’infanterie de ligne – SHD/GR 21 YC 937 – p49/337

L’histoire familiale raconte qu’il n’a pas voulu porter les cheveux courts, comme c’était la mode à l’armée, mais a conservé son catogan, et que ses camarades l’appelaient pour cela « Monjon la coeta » – Monjon la couette en patois.

Il est affecté à la deuxième compagnie du premier bataillon, et après un temps de formation, il rejoint le régiment en campagne en Catalogne. Il prend sans doute part aux combats de Ribas (en 1813) et de Molins del Rey (en 1814), deux victoires pour son régiment, et est nommé caporal à une date inconnue. Sa fiche matricule dans le registre de contrôle des troupes de son régiment nous apprend ensuite seulement qu’il déserte le 14 juin 1814, deux mois après l’abdication de Napoléon et l’arrivée au pouvoir de Louis XVIII. J’imagine qu’à cette date le régiment était rentré en France.
Je ne sais pas quand il est rentré à Vérargues, je pense qu’il a dû se cacher un temps.

Il se marie le 24 avril 1818 à Saturargues, à l’âge de vingt-quatre ans, avec Marie Fournier, une femme qui a huit ans de plus que lui, originaire de ce village. J’ai toujours entendu dire dans la famille qu’il avait dû épouser une femme plus âgée que lui parce toutes les filles de son âge s’étaient mariées pendant qu’il était à l’armée.
Le couple aura deux enfants, André qui naît en 1819, et Frédéric né en 1823 et qui mourra une semaine avant ses dix ans.

En 1839, Jacques André, qui a repris son travail sur la propriété avec son père au retour de l’armée, est nommé maire de Vérargues. Il le restera jusqu’en 1870, l’année de ses soixante-dix-sept ans.
En 1857, lorsque Napoléon III crée la médaille de Sainte-Hélène, pour récompenser les soldats encore vivants qui ont participé aux campagnes de son oncle, il demande aux maires de toutes les communes de France de chercher les anciens soldats des armées napoléoniennes encore en vie. Pour notre héros c’est facile de se trouver sur la liste, et grâce à cette médaille j’ai pu en savoir plus sur son parcours militaire : un site recense un grand nombre des porteurs de cette décoration, et indique leur grade et le régiment dans lequel ils ont servis. Grâce à cette base j’ai su qu’il avait été affecté au 143ème régiment d’infanterie de ligne et j’ai pu y retrouver sa fiche matricule.

Avers et revers de la médaille de Sainte-Hélène,
première médaille commémorative officielle


Il me faudrait consulter son dossier pour la médaille de Sainte-Hélène pour en apprendre plus sur son parcours militaire, mais cela attendra également que je puisse aller aux archives à Montpellier.
Notre héros s’éteint à l’âge de quatre-vingt-sept ans, le 19 novembre 1880, à Vérargues, entouré de son fils, de ses deux petits-fils et de ses cinq arrière-petits-enfants, dont le dernier est décédé en 1955. Cela ne fait pas si loin finalement…


Dans l’arbre : Jacques André Monjon – André Monjon- André Jules Monjon – Louis Alfred Monjon – mon arrière-grand-père

Une réponse sur « Monjon la coeta »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.