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Famille Lafon

La chapelle de l’Hostie

Au XVIIIème siècle vivait à Castries, village de l’Hérault à quelques kilomètres de Montpellier, Etienne Lafon. Ce fils de Jean et Catherine Bez est né le 28 mars 1734. A l’âge de 22 ans, il épouse à Saint-Geniès-des-Mourgues (Hérault) Magdelaine Itier, de deux ans son aînée.

Huit enfants sont nés dans leur foyer, trois filles et cinq garçons, entre 1756 et 1773.

Le Pont et le Village, Castries – 1822 – Jean-Marie Amelin – Bibliothèque de Montpellier

Étienne Lafon est paysan. Sans doute possède-t-il quelques terres en propre. Il est surtout métayer, et prend en fermage prés, vignes et olivettes.

Ainsi, en 1779, voici le bail qu’il a passé avec Jean Banal, prieur de l’église collégiale sainte Anne à Montpellier et chapelain de la chapelle de l’Hostie à Saint-Geniès. (J’ai respecté le style de l’époque, tout en corrigeant l’orthographe).

Bail entre Banal et Lafon – 14 mars 1779 – Montpellier – Archives familiales

Je soussigné Jean Banal, prieur de l’église collégiale Sainte Anne de Montpellier, chapelain de la chapelle de l’Hostie à Saint-Geniès et moi Etienne Lafon métayer du lieu de Castries avons convenu de ce qui suit : savoir que nous dit Banal donnons en afferme les 2 prés et olivette situés dans le terroir de Saint-Geniès et dépendant de la chapelle de l’Hostie dans ledit lieu de même que le pré située dans le terroir de Lansargues pour le temps et terme de 6 années moyennant le prix et rente de 170 livres par année.

Laquelle dite somme sera payable chaque année le premier d’août. Par quoi le dit Lafon s’oblige à payer les tailles des prés et olivette tant à Saint-Geniès qu’à Lansargues sans aucune diminution du prix ci-dessus. Et le dit Lafon renonçant à toutes sortes de demandes pour cas fortuit remportera les quittances de taille de chaque année au temps marqué ci-dessus.

De plus il s’oblige d’entretenir les dits prés et olivette en bon ménager et père de famille ainsi que les arbres lesquels il ne pourra en couper aucun.

Fait en double en original à Montpellier ce 14 mars 1779.

Ledit arrangement ne devant commencer que pour la récolte de l’année prochaine 1780 et finissant après celle de 1786.

Nous dit soussigné nous engageant à réduire la présente notice en acte public à la réquisition de l’un ou de l’autre. Approuvant l’écriture ci-dessus

Banal prieur de Sainte-Anne et chapelain de la chapelle de l’Hostie

Lafon

Ce bail est accompagné des quittances, qui courent au-delà de 1786 : l’affermage a été prolongé de quelques années.

Quittance pour l’année 1784 – Archives familiales

Au départ, je pensais que « la chapelle de l’Hostie » était un terrain, mais aucune des recherches effectuées aussi bien sur place que dans les archives (carte de Cassini, carte d’état-major du XIXème siècle, carte IGN) ne m’en révélait l’emplacement. C’est alors que j’ai eu l’idée de regarder les archives de Saint-Geniès-des-Mourgues et que j’ai découvert qu’un certain nombre de compoix existaient pour cette paroisse.

Parmi eux, il y en avait un pour les années 1786-1796. Il commence par une liste des propriétaires de la commune, puis indique pour chacun les terres qu’ils possèdent, leur situation et le montant de taille rattaché à cette terre.

La chapelle de l’Hostie, que je pensais être un lieu-dit, est en fait une institution, qui possédait des terres qu’elle pouvait affermer.

Le compoix m’a ainsi appris que le bail à ferme de mon ancêtre concernait un pré au lieu-dit Les Mazes et une terre à La Roque. Il ne fait point mention de l’olivette, serait-ce la terre à La Roque ?

En 1787, à Lansargues, on retrouve dans le brevet du compoix la chapelle de l’Hostie, qui contribue à la taille à hauteur de 2 sols, 9 deniers, 2 pièces. Je n’ai pas trouvé plus d’éléments sur cette terre, je ne connais ni son emplacement ni les terrains qui lui sont limitrophes.

Compoix de Saint-Geniès-des-Mourgues – 1786 – p165 –
 Archives départementales de l’Hérault

J’ai retrouvé tous ces éléments pour les terrains du territoire de Saint-Geniès :

A Laroque un pré confrontant du Levant la rivière de Viredonne, couchant et midi Guillaume Guiraud et du vent droit maître Plagniol et Jean Dumas contient 247 dextres. Au bon. A livrer 2 sols 10 deniers 3 pougères.[1]

Aux Mazes, terre confrontant au levant monsieur Plagniol, au couchant Jean gras et Étienne Deler, au vent droit le dit Deler et du Midi le chemin du Moutier rives au milieu. contient 60 dextres au faible. A livrer 11 deniers 2 pougères.

On retrouve les lieux-dits indiqués sur la carte, ce qui permet de les situer. Les archives départementales possèdent également un plan partiel de Saint-Geniès, et j’ai ainsi pu situer l’emplacement exact de la terre aux Mazes. Malheureusement, il manque la partie Sud du territoire communal, où se trouve La Roque.

Carte du terroir de Saint-Geniès – en bleu, le terrain affermé à mon aïeul
Archives départementales de l’Hérault

Quant à la chapelle de l’Hostie il devait sans doute s’agir d’une confrérie, qui possédait quelques biens dont le chapelain avait la gestion et dont il était également le bénéficiaire.

A la Révolution, celle-ci disparut certainement dans la tourmente. Les terres ont sans doute été vendues comme biens nationaux, de la même manière qu’un grand nombre de biens ecclésiastiques ou nobiliaires.

Étienne  Lafon a-t-il profité de l’occasion pour devenir propriétaire des terres qu’il cultivait depuis près d’une dizaine d’années ?

Mon aïeul mourut à Castries en mars 1814, à l’âge respectable de 79 ans.

Dans l’arbre : Etienne Lafon – Barthelémy Lafon – Etienne et Barthelémy Lafon – Elisabeth Martin Lafon et Jean Léon Barthelémy Lafon – Albertine Agathe Eugénie Coustan et Gabriel Hilarion Lafon – Louis Alfred Monjon et Jean Eugène Aristide Lafon – mes arrières-grands-parents – mon grand-père


[1] Il s’agit sans doute du nom local d’une sous-division du denier

3 réponses sur « La chapelle de l’Hostie »

bonjour,
Article très bien documenté ;
Concernant la succession d’Etienne que disent les recherches en 3Q et en 4Q ? si vous avez le temps de faire des investigations ; il me semble que le bail signé entre le religieux et votre ancêtre se nomme un bail de main morte ;
cordialement
Catherine

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